Taux de conversion : le chiffre que la moitié des PME calcule mal
Un dirigeant m'a dit l'an dernier que son site convertissait à deux pour cent. Je lui ai demandé deux pour cent de quoi, vers quoi. Il n'a pas su répondre, et c'était une réponse honnête : le chiffre venait d'un tableau de bord qu'il n'avait jamais paramétré.
C'est la situation la plus fréquente. Le taux de conversion est le seul indicateur que tout le monde cite et que presque personne ne définit. Résultat, on compare des chiffres qui ne mesurent pas la même chose, et on prend des décisions de refonte sur cette base.
Le sujet mérite mieux, parce que c'est l'indicateur qui relie votre site à votre chiffre d'affaires. C'est aussi celui qui permet de savoir, un an après une refonte, si l'argent a servi à quelque chose.
Cet article explique ce qu'est un taux de conversion, comment le définir correctement pour une PME qui vend par devis, pourquoi les moyennes du marché sont à peu près inutiles, ce qui le fait bouger réellement, et comment le mesurer sans se raconter d'histoires.
TL;DR : le taux de conversion est la part de visiteurs qui accomplissent une action définie, rapportée au nombre total de visiteurs. Pour une PME en B2B, l'action utile est la demande de devis ou la prise de rendez vous, pas le clic sur un bouton. Comparé à une moyenne sectorielle, il ne veut rien dire. Comparé à lui même dans le temps, il devient l'indicateur le plus utile du site.
En bref. On calcule un taux de conversion en divisant le nombre d'actions réalisées par le nombre de visiteurs sur la même période. Sa valeur dépend entièrement de l'action choisie. Une PME doit donc définir son action de référence avant tout, puis suivre son évolution plutôt que sa valeur absolue.
Sommaire
- Ce qu'est un taux de conversion
- Choisir la bonne action à mesurer
- Pourquoi les moyennes du marché ne servent à rien
- Ce qui fait vraiment bouger le chiffre
- Mesurer sans se mentir
- Les erreurs de calcul les plus courantes
- Questions fréquentes
Ce qu'est un taux de conversion
Définition. Le taux de conversion est le rapport entre le nombre de visiteurs ayant réalisé une action définie et le nombre total de visiteurs sur la même période. Si 40 personnes demandent un devis sur 2 000 visiteurs, le taux est de 2 pour 100.
Quelle est la bonne unité de mesure ? Le visiteur, pas la visite. Une même personne qui revient trois fois avant de vous écrire ne doit pas compter comme trois occasions manquées puis une réussite. Cette distinction change sensiblement le résultat sur un site où le cycle de décision est long, ce qui est le cas de la plupart des activités B2B.
La notion elle même est configurable dans les outils de mesure. Google la formalise à travers les événements clés définis dans sa documentation Analytics, qui remplacent les anciens objectifs et que vous devez déclarer explicitement. Tant que personne ne les a déclarés, votre tableau de bord affiche soit rien, soit un chiffre sans rapport avec votre activité.
Choisir la bonne action à mesurer
C'est la décision la plus structurante, et elle est commerciale avant d'être technique.
Sur un site de PME qui vend par devis, plusieurs actions sont candidates. Elles ne se valent pas.
| Action mesurée | Ce que ça dit | Utilité |
|---|---|---|
| Clic sur un bouton | Un intérêt | Faible, mesure une intention sans suite |
| Formulaire envoyé | Une demande entrante | Élevée, c'est le point de bascule commercial |
| Appel déclenché | Une demande entrante | Élevée, souvent sous mesurée |
| Devis envoyé | Une opportunité réelle | Très élevée, mais dépend de votre suivi commercial |
Mon conseil est de retenir la demande entrante, formulaire et appel confondus, comme indicateur principal. C'est l'action qui déclenche votre travail commercial et que le site contrôle réellement.
Le devis signé, lui, dépend de votre équipe autant que du site. Le suivre reste utile, mais il ne mesure plus la performance du site seul.
Attention aux appels. Sur beaucoup de sites de PME, une part importante des demandes passe par le téléphone et n'apparaît nulle part dans les statistiques. Un taux de conversion qui ignore les appels sous estime le site, parfois largement.
Pourquoi les moyennes du marché ne servent à rien
Quel est un bon taux de conversion ? C'est la question la plus posée et la moins utile.
Les moyennes circulent beaucoup, notamment celles issues du commerce en ligne. La FEVAD publie régulièrement des chiffres clés sur le e-commerce français, qui décrivent un secteur où l'achat se fait en une session, sans intervention humaine, sur des paniers comparables.
Votre activité n'a probablement rien à voir. Une PME qui vend une prestation à cinq chiffres, avec un cycle de trois mois et deux rendez vous, ne peut pas se comparer à une boutique en ligne. Un taux de 1 pour 100 peut y être excellent, et un taux de 8 pour 100 peut signaler que vous attirez surtout des curieux non qualifiés.
Le seul point de comparaison qui vous concerne est votre propre chiffre du trimestre précédent, à trafic et à source comparables. C'est moins gratifiant qu'un classement sectoriel, c'est infiniment plus exploitable.
Vous voulez savoir combien de demandes votre site génère réellement, appels compris ? Nous établissons ce point de départ au début de chaque projet de refonte, réponse sous 24 heures.
Ce qui fait vraiment bouger le chiffre
Par ordre d'impact constaté sur les projets que nous reprenons.
La clarté de l'offre. Si un visiteur ne comprend pas en quelques secondes ce que vous faites et pour qui, aucun bouton ne le rattrapera. C'est le levier le plus puissant et le moins technique.
Le prix, ou au moins un ordre de grandeur. L'absence totale d'indication tarifaire fait partir les visiteurs qui n'ont pas le budget, ce qui est souhaitable, mais aussi ceux qui l'ont et qui ne veulent pas s'engager dans un échange pour le découvrir.
La friction du formulaire. Chaque champ ajouté est une question posée à quelqu'un qui ne vous connaît pas encore. Un formulaire de devis en onze champs filtre surtout les gens pressés.
La vitesse. Une page qui met trop de temps à s'afficher perd des visiteurs avant même le premier mot. Les seuils de référence sont décrits dans la documentation Google sur les Core Web Vitals, et nous avons détaillé l'impact commercial dans notre article sur le site lent sur mobile.
La preuve. Des cas clients nommés, des témoignages signés, des chiffres vérifiables. Un témoignage anonyme ne rassure pas, il inquiète.
Ce qui ne bouge presque rien, en revanche : la couleur des boutons, le choix de la police, la refonte du logo. Ces sujets occupent souvent les réunions parce qu'ils sont faciles à discuter.
Mesurer sans se mentir
Déclarez explicitement vos conversions dans votre outil de mesure, sinon vous ne mesurez rien. La documentation Analytics sur la configuration des événements décrit cette étape, qui reste à faire une fois pour toutes.
Comptez les appels. Un numéro cliquable sur mobile permet de suivre le déclenchement de l'appel. À défaut, tenez un décompte manuel une semaine par trimestre, c'est imparfait mais toujours mieux que zéro.
Séparez le trafic de marque du reste. Les visiteurs qui tapent le nom de votre entreprise convertissent beaucoup mieux, c'est normal, ils vous connaissent déjà. Les mélanger gonfle artificiellement le chiffre global et masque la performance des pages qui vous font découvrir.
Tenez compte du consentement. Depuis la généralisation des bandeaux, une partie du trafic refuse la mesure. La CNIL encadre ce point dans ses règles sur les cookies et autres traceurs. Votre outil ne voit donc pas tout le monde, et votre taux réel est en général meilleur que celui affiché. L'important est que l'écart reste constant dans le temps.
Regardez sur trois mois, pas sur une semaine. Sur un site de PME, une semaine ne contient pas assez d'événements pour dire quoi que ce soit.
Les erreurs de calcul les plus courantes
Compter les visites au lieu des visiteurs. Sur un cycle de décision long, l'écart est important et toujours défavorable.
Inclure le trafic non qualifié. Un article qui attire des étudiants ou des curieux fait mécaniquement chuter le taux global sans qu'aucune page commerciale n'ait bougé. C'est un cas classique quand un blog performe sur des sujets trop généraux.
Changer la définition en cours de route. Ajouter les clics sur le numéro de téléphone à mi année double le chiffre sans que rien ne se soit amélioré. Si vous changez la définition, recalculez l'historique.
Confondre demande et opportunité. Un formulaire envoyé par un démarcheur n'est pas une demande. Sur certains sites, cette pollution représente une part notable des envois, et il faut la retirer avant de conclure quoi que ce soit.
Conclure sur un mois isolé. Un salon, une campagne, un article partagé, et votre mois n'a plus rien de représentatif.
Questions fréquentes
Comment calcule-t-on un taux de conversion ? En divisant le nombre d'actions réalisées par le nombre de visiteurs uniques sur la même période, puis en multipliant par cent. La difficulté n'est pas le calcul, c'est de définir l'action et de la mesurer réellement.
Quel taux viser pour un site vitrine de PME ? Il n'existe pas de cible universelle. La bonne cible est votre propre chiffre du trimestre précédent, amélioré. Si vous partez de zéro mesure, commencez par établir ce point de départ pendant un trimestre avant de fixer un objectif.
Faut-il afficher ses prix pour améliorer sa conversion ? Afficher un ordre de grandeur, généralement oui. Cela réduit le nombre de demandes mais augmente leur qualité, et beaucoup de dirigeants préfèrent dix demandes exploitables à trente demandes hors budget.
Une refonte améliore-t-elle toujours le taux de conversion ? Non. Une refonte esthétique sans travail sur le message et le parcours ne change souvent rien. C'est pourquoi nous mesurons le point de départ avant de commencer, comme décrit dans notre guide de la refonte pour PME.
Le taux de conversion baisse alors que les demandes augmentent, est-ce grave ? Non, c'est même fréquent quand le trafic croît plus vite que les demandes. Regardez le nombre absolu de demandes qualifiées avant de vous inquiéter du ratio.
Ce qu'il faut retenir
Le taux de conversion n'est pas un chiffre à comparer, c'est un chiffre à suivre. Sa valeur absolue ne dit presque rien tant que l'action mesurée n'est pas définie et que les appels ne sont pas comptés.
Commencez par établir votre point de départ honnêtement, sur un trimestre. Vous saurez ensuite ce qu'une refonte vous aura vraiment apporté, ce qui est rarement le cas aujourd'hui.
Vous voulez établir ce point de départ avant d'engager des travaux ? Parlons de votre projet, réponse sous 24 heures et sans engagement.
À propos de l'auteur
Mathis Haumont est cofondateur de Najumi, agence web basée dans la métropole de Lyon. Il accompagne des dirigeants de PME sur des projets de création et de refonte de sites, avec une approche orientée acquisition plutôt que vitrine. Il intervient en particulier sur la mesure de la performance commerciale d'un site : définition des indicateurs, suivi des demandes entrantes, automatisation du traitement des leads. Il écrit sur le blog Najumi les retours d'expérience issus des projets livrés par l'agence, en privilégiant les chiffres réels et les décisions assumées aux généralités du secteur.